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La chasse à l’arc procure des émotions intenses et rares. A mon sens, c’est avant tout un cheminement parsemé d’étapes plus ou moins nécessaires, heureuses, comprises et renouvelables. Aller chasser en dehors de son terrain de jeu habituel est une expérience très riche d’enseignements …d’autant plus que l’on cherche la proximité du gibier avec un arc. Après de nombreuses années de chasse à l’arc en France, l’Afrique m’a appelé. J’avais l’habitude de dire que j’étais mûr pour me confronter à cet inconnu ; du moins c’est ce que je pensais.

bush - chasse à l'arc

le bush, dans sa splendeur


Ces quelques lignes ne sont pas le fruit d’une longue expérience de chasses à l’arc africaines mais de seulement 12 jours passés en Afrique du Sud au mois de mai 2012.

L’Afrique fait rêver, tout le monde en convient. La perspective de se confronter à ces grands animaux sauvages exacerbe le rêve nourri par toutes ces histoires incroyables de tels ou tels amis ou connaissances. On ne va pas, bien sûr, chasser en Afrique comme ça. On en rêve des mois durant et on se prépare. Réunir les conditions du succès à l’arc en Afrique ne semble pas chose facile. Un homme averti en vaut deux dit-on. Et bien nous y sommes ! Ils me l’avaient bien dit : il y aura de l’aventure et des surprises.

comment approcher ? - chasse à l'arc

comment approcher ?

La préparation est fondamentale. En partant dans les valises d’un ami habitué de ces périples africains, je n’ai pas eu d’incertitude sur la qualité du territoire et de l’accueil. C’est cependant un élément fondamental pour que le rêve se réalise. Sans rentrer dans le détail du matériel, d’autre le feront, les deux arcs apportés doivent être parfaitement silencieux, robustes et maîtrisés. La qualité du matériel ne peut être mise en cause, le reste est trop difficile pour être anéanti par une erreur de préparation. Il ne peut y avoir de doute sur ce qui est à votre main : matériel, préparation physique et tir. Le caractère sportif de la chasse à l’arc m’est fondamental, c’est pourquoi j’ai opté pour de l’approche uniquement, il fallait donc une condition physique irréprochable pour pouvoir tenir des journées durant. Malgré un réel entrainement, je dois avouer mon désarroi au soir du  premier jour après seulement quelques dizaines de mètres à ramper derrière des impalas.  Faire des dizaines de pompes dans une chambre, bien que nécessaire, n’est pas la même histoire que de ramper sur un sol caillouteux avec un arc de 62 pouces de long par plus de 30 degrés au soleil. Trop pressé d’y aller, j’avais, il est vrai, oublié mes genouillères indispensables à cet exercice. Il m’a fallu 5 jours pour être en forme. Le tir sanctionne toujours une séquence d’efforts intenses tant physiques que de concentration.

scène de pistage - chasse à l'arc

scène de pistage

Il y a beaucoup d’éléments perturbateurs à gérer en très peu de temps, les automatismes doivent être bien présents. Je pense que c’est à ce moment-là que l’expérience parle le plus. Comparé à ces animaux d’Afrique, nos chevreuils paraissent myopes, malentendants et cul-de-jattes. Ce n’est pas un mythe, ces animaux sont soumis à la pression de vrais prédateurs sauvages, c’est une autre partie qui se joue au quotidien pour eux. Ils sont simplement diaboliques. Arriver à approcher l’un d’eux à 20 mètres relève déjà de l’exploit. Pour faire simple, tu vois l’animal à 150 m, tu tombes à genoux et tu pars à quatre pattes. A 75m encore trop loin : il faut ramper. Les échecs sont nombreux, il faut d’ailleurs bien mesurer les chances de succès afin de ne pas s’épuiser. La qualité de ton guide est à ce titre importante. Sous réserve d’une bonne entente, il saura te faire arriver assez près, après c’est à toi de jouer.

bush - chasse à l'arc

bush

Le tir instinctif que je pratique s’appuie inconsciemment sur le biotope de nos forêts françaises. Or en Afrique ce référentiel n’est pas du tout le même. Les animaux sont globalement beaucoup plus gros, les arbres plus petits, le soleil écrase tout et le vent brouille les cartes. Cette différence de référentiel est passionnante et participe grandement à l’aventure mais nécessite une forte adaptation.

vue du bush, en rampant - chasse à l'arc

vue du bush, en rampant

Alors que je pense « faire corps » avec nos forêts françaises, il m’est paru difficile de me sentir en osmose avec cet environnement inconnu. Sans une grande expérience de l’Afrique, je pense que tu restes un peu « étranger ». Alors que tu es en pleine découverte, voire contemplation par moment, tu dois néanmoins rester très concentré sur ta chasse des heures durant car il y a beaucoup de gibier et il sait se défendre. Bien gérer son stress, son énergie, son influx nerveux pour rester prédateur est difficile mais nécessaire. Un matin alors que nous marchions à la billebaude, après avoir déjà essuyé quelques approches manquées, un magnifique Nyala est simplement venu se donner à quelques mètres. Par ignorance de ce comportement dont il est assez coutumier, je me suis retrouvé dans une situation de perte quasi totale de mes moyens car simplement spectateur de ce contact avec un animal certes très beau…

St Hubert était avec moi - chasse à l'arc

St Hubert était avec moi

« Prends ce que Saint Hubert te donne » me disait un des fondateurs du renouveau de la chasse à l’arc en France il y a des années. Il avait bien raison. J’aurais du prendre ce Nyala, une petite branche en a décidé autrement. Rien ne semble acquis en Afrique, même ce qui semble facile.

Ma conclusion sur cette première expérience de chasse à l’arc en Afrique est que ce rêve doit être vécu. Vous avez la certitude de vivre des émotions décuplées si vous rechercher le caractère sportif de la chasse à l’arc.

Xavier d’Ouince – juillet 2013

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